Les plans initiaux et l'illusion d'une guerre courte
En août 1914, les deux camps s'appuient sur des doctrines offensives, persuadés d'une victoire rapide. Le Plan Schlieffen, révisé par Moltke, prévoit d'encercler Paris via la Belgique en six semaines, avec une aile droite allemande surpuissante. Les calculs logistiques s'avèrent irréalistes : les troupes marchent 30 km/jour, épuisées, tandis que la résistance belge à Liège retarde l'invasion. L'intervention britannique, prévue par Schlieffen, devient réalité le 4 août.
Le Plan XVII français sous-estime l'offensive allemande via la Belgique. L'échec des offensives en Lorraine et dans les Ardennes (14-25 août) révèle un décalage tactique : les soldats français avancent en vagues serrées, décimés par les mitrailleuses et l'artillerie. La Bataille de Charleroi (21-23 août) scelle la déroute : la 5e armée subit des pertes massives. Les 260 000 pertes françaises en août marquent la fin de l'offensive aveugle.
La première bataille de la Marne : le coup d'arrêt décisif
Le 5 septembre, les Allemands atteignent la Marne, à 40 km de Paris. Le gouvernement s'exile à Bordeaux, mais Joffre lance une contre-offensive. Le 6 septembre, la Sixième armée de Gallieni, renforcée par 6 000 soldats acheminés par 600 taxis parisiens, attaque le flanc allemand. La reconnaissance aérienne révèle une brèche exploitée par les Alliés.
Le 9 septembre, l'armée allemande, épuisée et éloignée de ses bases, reçoit l'ordre de repli. L'échec du Plan Schlieffen, résumé par Moltke à Guillaume II : "Majesté, nous avons perdu la guerre", marque un tournant. Les pertes (250 000 Français, 300 000 Allemands) soulignent l'entrée dans une guerre d'usure. Le "Miracle de la Marne" sauve Paris mais fige le front, sonnant la fin de la mobilité tactique.
La "course à la mer" et la naissance du front occidental
En octobre 1914, les deux camps tentent d'envelopper le flanc nord adverse lors de la course à la mer. Les batailles d'Albert et d'Arras (septembre-octobre) échouent à briser les lignes. À Ypres (octobre-novembre), les Alliés résistent à l'offensive allemande, verrouillant la mer du Nord en novembre. Un front continu de 700 km s'installe, de la mer du Nord à la Suisse.
La guerre de position s'organise : les troupes creusent des tranchées, les Allemands bâtissant des défenses en béton. L'artillerie cause 70 % des pertes. La mobilité cède place à un conflit statique, préfigurant les massacres de Verdun (1916) et de la Somme (1916), où chaque mètre coûtera des milliers de vies.